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En début de siècle, il semble qu’il y ait des choses qu’il ne faille pas dire, ou qu’il ne faille pas penser, sous peine de passer pour un fou, ou un ringard, ou un vieux con que sais-je ? Le « politiquement correct » se niche partout.
Par exemple, il se trouve que je n’aime pas voyager… c’est vrai ! C’est mon droit le plus strict, mais c’est dingue : ça ne plaît pas. Pourquoi ? Je n’en sais rien. Mais, ce qui est sûr, c’est que je m’en fous ! J’ai fait presque le tour du monde et plusieurs fois, mais je continue de ne pas aimer voyager. Un comble, un caprice ? Non. C’est un principe général chez moi : s’évader, pique-niquer, bronzer sur la plage, marcher dans les petits sentiers, gambader dans les champs, se dépenser, respirer le bon air… en résumé, prendre des vacances… eh bien je déteste ! C’est comme ça, ce n’est pas mon truc. Je suis hyper casanier, j’aime plus que tout travailler chez moi, ou tout au plus au Double Fond. Je suis prêt à demander des sommes folles pour ne pas honorer les contrats qui dépassent ma zone acceptable ! (véridique). Cela me fait penser à Gabin qui ne voulait tourner nulle part ailleurs qu’à Paris et à Deauville maximum ! Je n’ai pas son talent, mais j’ai au moins ce point commun avec lui… En vacances ou simplement loin de chez moi, je m’ennuie ferme et très vite. Le dépaysement m’est très difficile. J’aime mes marques, la cuisine que j’aime... Les habitudes quoi ! Et puis je n’aime pas la nature non plus. C’est ainsi ! Je suis un citadin endurci. Un homme qui préfère les salles obscures à la lumière du jour, les tapis de cartes à la verdure. C’est peut-être la raison pour laquelle j’ai beaucoup travaillé dans ma vie, car j’ai toujours préféré bosser que de me promener dans des jardins. Musarder dans les rues de Paris pour acheter des trucs qui vont pouvoir servir en magie à un moment ou à un autre, ça OUI, j’aime bien. Mais pour le reste, contrairement à la plupart, NON, j’aime pas ! Pour moi, c’est une perte de temps. Lorsque je suis contraint de partir quelques temps loin de chez moi, j’emmène encore plus de boulot et je me cloître dès que possible dans ma chambre pour me retrouver un peu dans mon élément… Et quand je peux y garder la semi-obscurité, c’est le kif absolu ! Un vampire réincarné… Qui sait ?
Pour résumer, je suis un tel « fou de magie » que je déteste tout ce qui peut m’en éloigner. J’aime passionnément la magie et tout ce qui peut la faire avancer, tous les jours, toutes les heures, toutes les minutes…. Je suis un vrai compulsif de la magie. Un magiphage quoi ! Enfin, ça, vous l’aviez compris je crois…
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Depuis toujours ou presque, vous me voyez avec mes cheveux longs attachés par derrière, ma barbe assez courte et tout en noir. Y’a-t-il une raison ? Comment cela s’est-il passé ?
Adeline, ma collaboratrice, a souhaité que je vous écrive à ce sujet. Il se trouve que j’ai déjà abordé ce thème dans plusieurs interviews, mais cela lui semblait tout de même pertinent. J’espère que vous penserez comme elle !
Concernant la forme et la taille de ma barbe, c’est arrivé un peu par hasard vers l’âge de 22 ans, à cette époque charnière où, après mon armée, je me suis lancé à corps perdu dans la magie. J’étais simplement un tel fou de travail que je n’avais pas envie de perdre mon temps, ne serait-ce que dix minutes, pour me raser de près tous les matins ! Je me suis donc dit : tiens, la barbe… pourquoi pas ! Et je n’ai jamais changé d’avis d’ailleurs… Un coup de tondeuse tous les 2 ou 3 jours et hop, le tour est joué.
C’est un peu pareil pour les cheveux, que j’ai commencé à porter longs à cette époque également. Certes, dans les années 70, c’était la mode de toute façon, mais ce n’était pas là ma motivation. Loin d’être coquet, j’y voyais juste un bon moyen d’éviter de perdre mon temps chez le coiffeur tous les mois ! Vous avez compris : toutes les idées étaient bonnes pour me permettre de travailler davantage la magie… Un vrai fou je vous dis ! Par contre, comme je portais les cheveux lâchés, ils glissaient sans cesse vers l’avant et cela me gênait pour manipuler les cartes. Les repousser en arrière était presque devenu un tic ! J’ai donc fini par les attacher… Il n’y a qu’une année ou deux dans ma vie que mes cheveux ont subi quelques coupes. C’était dans les années 85 : mon impresario de l’époque avait, je ne sais comment, réussi à me persuader qu’un look plus classique me rapporterait davantage de contrats… Quand j’ai compris que cela n’avait rien à voir, j’ai laissé à nouveau pousser ma chevelure !
Quant à la couleur noire qui caractérise toute ma garde robe, cela remonte au début des années 90 : plus ou moins à l’époque où j’ai monté le Double Fond. Je suis parti du principe que porter du noir était la meilleure façon de mettre en valeur ma magie. La pureté et la neutralité de cette couleur laissent la part belle aux audaces artistiques. Le noir permet au public de se concentrer sur ce qui compte vraiment ! De plus, il faut bien avouer que, le poids aidant, j’ai constaté que je faisais moins gros en noir qu’avec des couleurs chatoyantes. On ne peut pas être plus clair, n’est-ce pas ?(amusant de parler de « plus clair » alors qu’on est en noir). Autre raison qui vaut le détour (oui, je suis un vrai malade dans mon genre !) : en m’habillant toujours de la même façon, je m’évite deux grandes pertes de temps : le choix quotidien (« Comment vais-je m’habiller aujourd’hui ??? ») et les séances de shopping. Quelle liberté ! Je me suis fait acheter des dizaines de pantalons noirs sur mesure, des vestes noires identiques, des centaines de chemises toutes pareilles et hop je peux changer tous les jours de vêtement… mais sans réfléchir ! Et puis, le noir, c’est bien aussi… pour truquer ! Une poche par ci, un couloir par là : on n’y voit que du feu…
Voilà, vous savez tout.
Amitiés
Dominique Duvivier
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Chers amis,
Et voici maintenant la 5ème émission de mon podcast !
Sachez que désormais, le podcast sera édité une fois tous les deux mois (et non tous les mois), en alternance avec le « Magiphageuh » qui deviendra également bimensuel... sinon je n’arrive pas à vous offrir tout ce que je souhaite sur ce blog ! Façon d’aérer les tendances. Une manière de ne pas en donner trop dans la même période, histoire de bien profiter de tout ! Mais surtout, cela me permettra de pouvoir traiter d’autres choses dans le courant du mois, car à force d’avoir plusieurs rendez-vous mensuels fixes, j’avais du mal à diversifier autant que je le voulais !
J’espère que vous apprécierez…
Je vous rappelle que vous pouvez vous abonner au podcast directement par son RSS mais également sur iTunes : les personnes possédant des iPhones, iPod ou iPad peuvent donc s’abonner directement (et gratuitement) sur la plateforme d’Apple et disposeront ainsi automatiquement des prochains numéros.
C'est le moment de mettre le volume et... en route !
Cliquez ci-dessous sur le lien de votre choix :
Bonne écoute à tous
Dominique DUVIVIER
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Nous sommes dans les années 90. C’est l’époque où je prenais l’air dans mon jardin pour travailler. Je suis avec mes munitions : clopes, briquet, cartes et Coca Cola. Mon tapis « arabesques » sur une table de camping et le tour est joué… ou presque !
Là je viens de créer le tour que j’ai appelé « Midas Cup », basé sur une routine de Rich Bloch. Agnès m’avait concocté un costume pour appuyer mes délires. Je suis donc… en François 1er ! Mais particularité sur la photo : je porte le costume complet. Alors que, lorsque j’ai joué ce sketch, maintes fois modifié, j’ai toujours évité le pantalon. Dommage !!!
Dans le même jardin que tout à l’heure, mais cette fois c’est moi qui essaie d’impressionner ma fille (Alexandra) chérie. Un de mes juges de paix pour que je sache si je jette ou si je conserve ma nouveauté du moment ! Mon chien Ermack, magnifique boxer veille auprès de nous…
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Lionel : Selon vous, quels sont les dangers de ce que vous appelez la théorie théoricienne ?
Dominique : Le danger est de rester dans une forme de masturbation intellectuelle sans réelle assise sur la réalité. Même si dans la magie, on vend de l’irréel, celui-ci est la conséquence d’une réalité à toute épreuve.
Lionel : Pouvez-vous nous donner un exemple précis ?
Dominique : Oui, si tu veux. J’ai souvent entendu dire que l’effet, en magie, n’avait pas une si grande importance, que ce qui comptait, c’était la méthode. Mais, dans la réalité, qu’est- ce que voit le public ? L’effet ou la méthode ? Si on se dit magicien, on va évidemment mettre l’accent sur l’effet. Il est bien entendu que la méthode est utile et il est intéressant d’essayer de trouver différentes méthodes pour arriver à un effet donné, mais je ne pense pas du tout que cette méthode soit plus importante que l’effet.
Par contre, et c’est peut-être la raison pour laquelle on entend dire ce genre de choses, il est plus simple de trouver une nouvelle méthode qu’un nouvel effet. Comme c’est plus simple, c’est ce vers quoi il faudrait tendre. Je ne pense pas du tout de cette façon.
Par exemple au sujet de Twisting the Aces , il y a certaines personnes qui démontrent qu’il ne faut pas toucher à la version première de cet effet génial inventé par Dai Vernon. Voilà un autre exemple de théorie théoricienne hors de la réalité. Sous quel prétexte empêcherait-on les créateurs de faire évoluer ce concept ? Pourquoi cela devrait-il rester figé comme si c’était gravé dans le marbre ?
En partant de ce principe, la magie ne sera, au mieux, rien d’autre qu’une belle démonstration de French Cancan. Si on veut voir du French Cancan, on sait où aller. Au Lido ou au Moulin Rouge. C’est beau, mais c’est quelque chose qui est hors du temps.
Si on admet que la magie est un art, il me semble qu’elle doit être inscrite dans son époque et que des effets comme Twisting the Aces peuvent subir le rythme de l’évolution de notre art, sans pour autant oublier les fondateurs de celui-ci.
Lionel : C’est ce qui vous a motivé justement à créer votre version Twisting the Aces Parfait ?
Dominique : Oui, sans pour autant dire que je faisais une amélioration du tour de Dai Vernon. Simplement, en réfléchissant sur l’esprit du tour et de son effet, j’ai pensé à faire ce que l’on voit dans Twisting Parfait. Je précise au passage qu’il est tout à fait possible de donner à examiner les cartes à la fin du tour. Ce à quoi je voulais arriver, c’est de pouvoir retourner les cartes sans aucun mouvement. Telle était l’idée de base. Aucun comptage pour obtenir le même résultat. Ray Kosby, qui m’a dit le plus grand bien de ce tour, m’a d’ailleurs donné d’autres idées par la suite, notamment pour la fin.
Le but n’était pas de faire un crime de lèse-majesté en proposant Twisting Parfait. Simplement Dai Vernon nous a offert un principe sur lequel je considère que nous pouvons travailler et c’est ce que j’ai fait. C’est le même principe que j’ai appliqué aux Salières d’Albert Goshman. Conserver l’esprit tout en adaptant la séquence à ma propre personnalité.
Si l’on s’inscrit dans une forme de créativité, on se sert des choses existantes et on les fait éclater différemment. Avec plus ou moins de bonheur, mais n’empêche que c’est le lot même de la recherche et du travail d’un artiste.
Lionel : Que pensez-vous du fait que l’on dise parfois de vous que l’on aime bien votre magie mais moins votre personnage ? Je parle du personnage en tant que Dominique Duvivier et non en tant qu’artiste.
Dominique : Il est très difficile pour moi de répondre à cette question. Je crois profondément que dans tout rapport humain, le respect mutuel doit être de rigueur. Je crois que quand on parle à quelqu’un, quel que soit le domaine, on doit au minimum le considérer comme son égal. Je t’assure que j’ai senti très souvent que ce n’était pas toujours le cas quand on venait m’aborder. Comme je suis difficilement capable de pratiquer la langue de bois, dans ces cas-là, je peux être très direct, surtout quand je dois donner un spectacle dans la demi-heure qui suit. Ce genre de choses se retournent souvent contre soi. Je crois que ça répond en partie à la question posée. Je ne dis pas que tous ceux qui ne m’aiment pas ont vécu ce que je viens de décrire mais, pour une part, c’est le cas.
Suite au prochain numéro !
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Cette interview a été réalisée en septembre 2005 par notre ami Lionel (« Le Marquis » que certains connaissent bien sur mes DVD). Je pense que cela peut vous intéresser !
Bonne lecture à tous
Amitiés
Dominique
Lionel : Tout d’abord merci d’avoir accepté cette interview. Avant d’entrer dans le vif du sujet, j’aimerais faire un petit aparté. Ce n’est pas forcément simple de faire une interview de vous, Dominique. En effet, vous n’hésitez pas à répondre dès que l’on vous sollicite. On peut vous lire et vous écouter assez facilement. Dans tous les cas, si on peut, ici, apprendre à vous connaître encore mieux ou tout simplement vous découvrir, l’objectif sera atteint.
Ma première question est donc la suivante : qu'est-ce qui vous motive à répondre aux questions que l’on vous pose ?
Dominique : Ta question est surprenante. Très honnêtement, je ne sais pas. Je suis un passionné de magie. Même s’il se trouve que je suis professionnel, avant toute chose, je suis passionné de magie. Alors, logiquement, dès que l’on m’aborde pour parler de quelque chose que j’aime, et à partir du moment où je pense avoir la liberté de m’exprimer, de faire part d’une partie de ma vérité, je ne vois rien qui puisse m’empêcher de répondre. Ce n’est d’ailleurs pas récent, je pense pouvoir dire que j’ai toujours été comme ça. Bien avant le développement d’Internet d’ailleurs. C’est peut-être plus visible depuis l’émergence du net et depuis que je me suis décidé à tenter d’apprivoiser l’outil informatique.
S’il y a une nouveauté, c’est dans le fait que depuis quelque temps, sur certains forums, il y a des gens qui sont demandeurs de mes points de vue sans être nourris de pensées négatives. J’avais jusqu’alors plutôt l’habitude de voir des gens qui, globalement, disaient du mal de moi, tout en ignorant qui je suis et ce que je fais, ou presque. Mais bon, on s’écarte un peu du sujet, quoi que pas tant que ça, mais pour faire simple, à partir du moment où des personnes ont envie que je donne mon point de vue, je n’ai jamais eu de réticence à le donner. Si on me relance, j’essaye de préciser les choses et s’il y a encore des interrogations, je vais toujours tenter d’y répondre. C’est comme cela qu’à fonctionné la « Discussion à bâtons rompus » sur NeoMagie pendant deux années consécutives [ce site, victime d’un piratage, n’existe malheureusement plus]. Cela aurait pu être plus court, ou plus long, suivant l’état d’esprit et de curiosité de mes interlocuteurs.
Lionel : Tout ceci m’amène à la notion de discrétion. Vous ne cachez pas votre admiration pour Ricky Jay ou Persi Diaconis. Ils font parti des magiciens fuyant comme de la peste les autres magiciens, en particulier les magiciens dits « de clubs ». Avez-vous déjà abordé cette différence entre vous ensemble ?
Dominique : Absolument ! Et au premier degré, directement avec Persi Diaconis et Ricky Jay. Je leur ai demandé si ça les ennuyait que je publie des tours, que je parle, que je communique quand l’occasion m’en est donnée. Ils m’ont répondu que non. Que cela ne leur posait pas de problème. Pour résumer, et sans trop dévoiler la teneur de cette conversation, dès l’instant que je n’aborde pas certains secrets, pour eux, il n’y a pas de problème. Cela peut paraître étonnant ou paradoxal mais ils ne m’ont jamais reproché mon attitude totalement opposée à la leur. Et pourtant, Dieu sait s’ils ont des reproches à faire à beaucoup de magiciens, américains en majorité, mais aussi quelques français.
Je peux même te dire que j’ai insisté dans mes questions en leur disant que je possédais le Double Fond et Mayette, que j’avais repris à l’époque l’édition du Magicien, que j’avais publié beaucoup de choses, soit en vidéo, soit par écrit, etc. Mais ils m’ont assuré que cela ne les gênait pas.
Honnêtement, je ne sais pas vraiment pourquoi cela ne pose pas de problème dans mon cas, alors que ça en pose tellement pour d’autres. Des mauvaises langues diront que cela provient de l’inintérêt de mes publications, mais, dans ce cas, Ricky Jay et Persi Diaconis ne m’auraient alors pas accordé une seconde de leur temps. Il suffit de connaître leur parcours pour s’en rendre compte très vite.
Peut-être se rendent-ils compte que je suis un vrai passionné de magie. Que la magie est toute ma vie et qu’avant toute autre considération, c’est la magie que j’aime et que j’essaye de servir. Je peux t’affirmer que certains magiciens professionnels, au fond d’eux, n’aiment pas la magie tant que ça.
Lionel : J’aimerais m’arrêter quelques instants sur vos interventions que l’on peut lire sur NeoMagie. Ces interventions sont, pour une large part, très théoriques. Jusqu’à quel point aimez-vous la théorie en magie ?
Dominique : Je ne suis pas un théoricien du tout. Même si cela peut paraître paradoxal, selon moi, les développements sur Neo ne sont pas des théories mais des pratiques. Pas une seconde je ne pense à la théorie théoricienne. Cela ne m’intéresse pas, et surtout, je n’y crois pas. J’ai vu trop de magiciens écrire de merveilleux livres, aux Etat-Unis ou en France, prodiguant leurs conseils pour mieux faire ceci, ou être plus efficace dans cela, sans pour autant être crédibles quand on les voyait à l’œuvre. Pire, n’appliquant pas pour eux, ce qu’ils conseillaient à d’autres.
Quand je ne vois pas le rapport entre la théorie et la pratique résultant de cette théorie, je me détourne du sujet.
Attention, je ne dis pas que je suis bon, je ne dis pas que j’ai raison sur les théories que je propose, mais ce qui est clair, c’est que jusqu’à preuve du contraire, quand on me lit et quand on me voit, il n’y a pas de différence. On peut difficilement apprécier ce que je dis sans apprécier ce que je fais, ou l’inverse. Par contre, on peut parfaitement ne pas apprécier ce que je propose dans sa globalité.
Comme NeoMagie n’est, à mon sens, pas l’endroit où l’on peut aborder les points pratiques, nous ne sommes restés que sur de la théorie. Sur d’autres sites, cela pourrait être différent puisqu’on incorpore l’outil vidéo. Comme j’utilise cet outil depuis 1975 car, bien utilisée, la vidéo peut être parfaitement utile, il y a là, peut-être, une possibilité. Tout dépend bien entendu du contexte et du contenu de la demande, si demande il y a.
Lionel : Quel serait alors le contexte idéal pour vous ?
Dominique : Déjà, je le répète, il faudrait qu’il y ait une demande.Je n’attends rien de personne, que l’on soit bien clair. Mais puisque tu me proposes de préciser, allons-y.
Si on se lance dans un projet de la sorte et que, pour finir, on me démontre par a plus b que je me trompe en disant ou faisant ce que je fais, tout à coup, je n’ai plus rien à dire. Je fais comme j’ai l’habitude de faire depuis de nombreuses années, je me tais et je continue à faire ce que je pense être bien pour moi et la magie.
Lionel : Cela ne va t-il pas paraître un peu présomptueux ?
Dominique : Peut-être, mais il faut aussi remettre les choses à leur juste place. Pour illustrer mon propos, je vais prendre l’exemple d’Albert Goshman. J’ai beaucoup parlé avec Albert, ici même, chez moi. Il était assis à ta place et on discutait ensemble des heures durant. Et bien, crois le ou non, mais globalement, à part sa magie, rien ne l’intéressait Albert. Dans un premier temps, ça m’a choqué, mais, par la suite, on peut se dire qu’une personne comme Goshman a tout à fait le droit de ne penser qu’à lui. Il ne faut pas tomber dans la facilité d’interpréter cela comme de l’égocentrisme primaire. Simplement, après avoir vu les plus grands magiciens du monde, sa réponse à lui, c’est son numéro de close-up bien connu. C’est sa réponse, son interprétation. Il faut dire que cette réponse était assise sur un vécu magique assez exceptionnel. Un vécu qui lui a permis de la peaufiner en s’appuyant sur sa pratique de la magie en public. Au nom de quoi me serais-je permis de mettre en doute ses paroles ? On peut discuter, poser des questions pour essayer de mieux comprendre certains éléments, mais jamais, je n’aurais osé lui dire qu’il se fourvoyait. Ce qui n’était d’ailleurs pas le cas. De toute façon, cela ne l’aurait pas ébranlé le moins du monde et il aurait tout simplement cessé de discuter avec moi et continué son chemin.
Quand je lui posais la question « mais que pensez-vous d’untel ou d’untel ? », il me répondait simplement « ouais… Ouais » (rire). Rien de plus ! Et il continuait « mais moi, vous voyez… ». Cela donnait l’impression qu’il pouvait être restrictif, pour quelqu’un qui selon moi était un génie, mais en fait, la vérité de tout cela, c’est qu’on n’a pas à juger. Il a trop travaillé et trop démontré que sa magie était crédible pour que l’on puisse remettre tout cela en cause. Il a fait son chemin, il a observé, testé, pratiqué l’art magique pendant des années et sa manière de répondre, c’est son numéro des salières.
Lionel : Le respect de l’artiste est donc la condition ?
Dominique : C’est tout de même la moindre des choses… Je ne prétends pas une seconde être à la hauteur d’Albert Goshman, mais par contre, tout comme lui et d’autres, je suis un auteur, qu’on le veuille ou non. Je suis un créateur, qu’on le veuille ou non. Talent ou pas, c’est un autre débat, mais je demande juste que l’on respecte cela. Si tel est le cas, alors, tout est possible avec moi.
Si on commence à me dire des choses du style « mais alors, par rapport à untel, ne pensez-vous pas que ceci ou cela ?… », je crois que je vais être un peu plus loquace que Goshman ou Slydini, mais je ne vais pas non plus m’éterniser longtemps.
Cela me fait penser à cette anecdote que j’ai vécu avec Tony Slydini. Je lui demandais un jour « Tony, qui vous a le plus impressionné dans votre vie ? ». Il s’en est suivi un grand blanc, je te promets que ça s’est passé exactement comme ça ; et, à la fin du blanc, il me répond, hésitant : « Il y a peut-être un de mes élèves… Oui, il y a peut-être un de mes élèves qui m’a impressionnée. » Point. Eloquant non ?
Cela dit, Slydini est un immense acteur, un immense créateur qui a codifié la misdirection. Même si je suis moins sensible, pour ma part, à la magie de Slydini qu’à celle de Goshman, il reste un magicien d’un talent absolument redoutable.
Mais, ce qui se passait à coté d’eux, en somme, il s’en moquait plus ou moins.
Lionel : Vous ne l’avez pas trouvé, ce respect ?
Dominique : Riches de ces différentes expériences, et ce ne sont pas les seules, j’ai essayé, quand l’occasion m’en été donnée, de faire comprendre mon point de vue, d’expliquer ce qu’était mon univers magique, de livrer ma réponse, à mon niveau.
Il se trouve qu’à partir de là, un certain nombre de personnes ont trouvé que ce que j’ai apporté à la magie est en effet important mais d’autres, ont affirmé le contraire et continuent de le faire. Avec beaucoup de virulence, c’est le moins que l’on puisse dire. Je n’aurais rien apporté du tout, rien inventé, je ne serais pas même un artiste, pas un comédien, je ne serais rien.
Quand tu constates ce genre de choses que l’on ne peut même pas qualifier d’injustes mais de stupides, soit tu te tires une balle dans la tête, soit ça te fait rigoler. Pour ma part, cela m’a plutôt fait sourire.
Lionel : Comment pouvoir « respirer » correctement dans ce système ?
Dominique : Et bien, à mon petit niveau, j’ai fait un peu comme Albert Goshman et Tony Slydini. Je fais mes trucs et puis voilà. Par exemple, avant que je ne sois plus connu, tout le monde disait que mes tours étaient trop compliqués, qu’ils étaient tellement illogiques que l’on ne pouvait pas suivre ce que je faisais. Le souci, c’est que lorsque je faisais mes tours en public, parfois composé de magiciens, les réactions étaient bonnes et je n’avais pas le sentiment que le public était si perdu que ça. Que fallait-il que je fasse alors ? Suivre les avis du public ou ceux des magiciens qui me jugeaient ?
C’est vrai que mes tours ne suivent pas la logique de la technique technicienne ou de l’idéologie « technicratique », mais ce n’est pas pour autant que les spectateurs ne suivent pas mes effets.
Si j’avais été fragile, crois moi que ça fait longtemps que j’aurais arrêté la magie.
Cela dit, je ne dois pas être si nul que ça puisque les spectateurs sont contents, me le disent et le montrent en revenant me voir.
Donc, petit à petit, j’ai fait comme font tous les artistes qui savent ce qu’ils ont à faire, je me suis construit ma tour d’ivoire qui me permet de respirer et de travailler comme je l’entends. C’est un peu caricatural, mais il y a de ça.
Suite au prochain numéro !
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Bertrand GILLE au sujet de la note : http://dominiqueduvivier.typepad.com/dominique_duvivier/2012/02/comment-ne-pas-perdre-ses-moyens-en-public.html : « Ce que vous dites est tellement vrai que ça devrait en être évident. Et pourtant, il aura fallu que je me décide à travailler "sérieusement" ma magie pour en prendre réellement conscience. Ceci me fait dire, mais je me trompe peut-être, qu'on ne comprend le besoin de maitriser sa partition qu'à partir du moment ou l'on décide de pratiquer sérieusement son instrument. Avant, on le sait... mais cela reste une connaissance, un savoir non mis en œuvre. C'est sans doute là que se situe la limite entre "l'amateur" et le "professionnel", et par extension, je me demande si... Hmmm... Alors pour essayer d'exprimer clairement ma question "alambiquée" je dirai: Devient-on pro parce qu’on a décidé de maitriser sa partition ou maitrise-t-on sa partition parce que l'on est pro et que du coup c'est la moindre de choses que de la bien connaitre? Je sais c'est tordu mais... c'est un vraie question. est-ce la maitrise qui fait le pro ou est-ce le pro qui fait la maitrise? J'ai ma réponse qui m'est "apparue" (une apparition, c'est magique hein? ;) )récemment. Mais j'aimerais, si vous pouviez y consentir, connaitre la vôtre. Merci :)
Intéressante question. Je pense que tout se fait tout seul ou presque. Quand on commence la magie, on la prend par-dessus la jambe, on la néglige sans faire exprès, on la prend par le bout qui nous chante. On se fait plaisir et c’est tout ce qui compte ! Puis, si on persévère, on commence à voir que ce n’est pas si simple : on se prend régulièrement des vestes entre amis, en famille… c’est la galère ! Alors on abandonne les tours maudits qui nous ont permis de perdre la face, on perd petit à petit le courage de persévérer et le temps passe… Et puis un jour, ou un soir, on voit un de ces tours maudits réalisé de main de maître par un professionnel (ou un amateur qui a réfléchi plus loin que son envie de base) et on se dit : ce n’était pas le tour qui était mauvais mais moi qui était nul ! Si déjà on prend du bon côté cet échec cuisant et que l’on décide d’en faire quelque chose, nous venons de gravir un échelon vers la magie sérieuse, celle qui ne souffre pas -ou plus- de sa médiocrité. Chemin faisant nous allons ainsi monter petit à petit les marches qui nous séparent de l’amateurisme. Petit à petit l’amateur va se transformer en professionnel de base, et puis, pourquoi pas un jour, en un bon professionnel, sachant que, selon moi, un « bon professionnel » est un amateur éclairé qui gagne sa vie avec la magie, à la différence des mauvais professionnels qui sont des « ouvriers du spectacle » qui se cantonnent à « cachetonner ». Un bon professionnel, c’est quelqu’un qui a su garder la flamme de l’amateur ! La boucle est bouclée…
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David (Chakkan) : « Après plusieurs mois d'absence, et malgré vos conseils avisés et le plaisir que j'ai à vous lire, une de vos phrases me dérange : "Une prestation en public, c’est comme un combat dont il ne faut qu’un seul vainqueur : VOUS !" Ne serait-ce pas plutôt comme un Tango où le magicien serait le meneur de cette danse difficile et à l'équilibre élégant, et dont TOUT LE MONDE sortirait grandi ? (le magicien pour avoir réussi, et le public pour avoir rêvé) »
Je comprends ton point de vue, mais je confirme tout de même ce que j’ai dit ! Mais le combat dont je parle est une sorte de joute et les joutes ne sont pas dramatiques en soi. Je me rends bien compte que mon avis sur la question est plutôt anticonformiste : les gens en général n’ont pas l’habitude de dire les choses comme ça. Pourtant lorsqu’un artiste arrive sur scène –et en particulier un magicien- il est bel et bien « attendu au tournant ». Et si dans les premières secondes de présence face à son public, il n’affiche pas assez de force, il est mangé tout cru ! C’est un constat qui est dur, mais pourtant tout à fait serein, et je pense objectif. Certes le public vient pour rêver et pour partager un moment unique de bonheur avec toi, mais cela ne veut pas dire que c’est gagné d’avance ! Bien au contraire… Oui, il ne demande qu’à être émerveillé, mais non il ne croit pas du tout en toi a priori. Si tu ne lui démontres pas un certain nombre de choses précises, tu vas te faire lyncher et il y aura zéro rêve. Si rêve il y a, c’est que tu auras fait preuve de suffisamment de talent et de métier, pour que le public se laisse emporter dans TON univers. Donc il s’agit bien d’un combat, joyeux et consenti, mais un vrai combat ! J’ajouterai que si le public se déplace pour venir te voir, c’est pour voyager AILLEURS : d’une certaine façon il a donc envie que l’artiste gagne la partie contre lui. Il commence par résister, puis quand on parvient à lui faire lâcher prise, il t’en est immensément reconnaissant. Bref, je comprends ce que tu as voulu dire et le Tango n’en reste pas moins une très belle danse, mais comme j’écris sur ce blog pour exprimer MES points de vue et répondre aux questions que l’on me pose, je persiste et signe !
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Sébastien : « J'ai 16 ans et depuis que j'ai 8 ans je pratique la magie. Mais il se pose un problème assez fréquent : lorsque je fait un mini spectacle ( 6 tours) je ne peux pas m’empêcher de trembler pendant le premier tours (ce qui est un réel problème tel que la LTriple). Pourtant j'effectue de nombreux tours devant ma famille , a l’école... »
Je te conseille de choisir comme premier tour, un tour que tu connais tellement bien qu’il te donne l’impression de fonctionner sans toi, à ton insu. Mais le mieux serait de ne pas faire de tour du tout pour commencer : le temps de te calmer intérieurement, tu peux par exemple commencer par planter le décor en discutant d’autres choses avec ton public et, seulement une fois que tu te sens reprendre du poil de la bête, tu fais ton premier truc !
Tu peux aussi lire ces deux notes que j’ai déjà écrites sur le sujet :
http://dominiqueduvivier.typepad.com/dominique_duvivier/2012/02/combattre-le-trac.html
Bon courage et à bientôt
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Carl Valentin « Par rapport à ta réponse concernant "la vrai magie est d'abord en vous" http://dominiqueduvivier.typepad.com/dominique_duvivier/2012/02/la-vraie-magie-est-dabord-en-vous.html je cite : "Tout être vivant peut le ressentir si tu lui en montres le chemin… Donc, quelque part, peu importe l'effet magique que tu comptes partager avec ton public, car la vraie magie est d’abord en TOI." Je valide complètement ce que tu dis et je pense comprendre, le secret est là, le secret de ta magie est là. Par contre j'aimerais ouvrir une petite parenthèse Ne penses-tu pas qu'il n'y aura jamais d'étonnement universel, simplement cela vient du fait que pour apprécier à sa juste valeur un effet il faut avoir la culture nécessaire. Tous les spectateurs n'ont pas le même niveau, si je dois faire une métaphore simple, si je vais dans une galerie d'art je ne vais jamais être émerveillé devant un monochrome, par contre le connaisseur va peut être adorer les différents coups de pinceau, l'application de la couleur, la complexité au niveau lumière, etc. En magie le spectateur n'a pas toujours la culture pour apprécier un effet car il est trop cartésien, voir trop limité et pense que en magie il y a toujours un truc. Moi quand je viens voir tes spectacles, je suis toujours bluffé par le show, l'ambiance, le ton, la gestion des silences et tous les ingrédients qui vont faire la réussite de ton show et qui m'influence dans le montage de mes spectacles. Mais certains spectateurs, voire certains magiciens débutants, ne risquent-ils pas de ne pas voir cela sous le même angle ? J'aimerais avoir ton avis sur ces différents points et éventuellement quelques pistes. Amitiés »
Bien évidemment on ne peut pas donner TOUT à tout le monde, au même instant et de la même façon ! Ce n’est pas une science exacte… Nous parlons de cœur, d’une transmission de bonheur et de joie de vivre ! Si tu ressens la magie comme réelle, si tu es VRAI dans ta démarche et que tu donnes une partie de toi en toute sincérité, alors il y a toutes les chances que le spectateur puisse recevoir ton cadeau et il en sortira enrichi d’une façon ou d’une autre. Si on reprend ta métaphore, oui bien sûr le « spécialiste des galeries d’art » va se régaler, mais également le lambda en magie : à sa façon, il sera lui aussi étonné par ce qu’il aura ressenti et vécu, car tu seras parvenu à lui inoculer un peu de ce bonheur magique dont nous parlons tous deux ! Si dans un spectacle complet tu lui donnes des tonnes de magie/bonheur, il repartira avec quelques grammes de ce bonheur/magie, ce qui est parfait pour un début. Il faut toujours du temps pour apprécier un plat, une femme, un tableau et aussi… une bonne prestation de magie.
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En voilà une bonne question ! Je lisais récemment un entretien avec Woody Allen qui disait, à peu de choses près, qu’un « bon » film est un film qui se doit d’être : « intéressant, neuf, original, crédible et émouvant ». Eh bien je considère qu’il en est de même pour un spectacle en « live ». Les deux se ressemblent comme trois gouttes d’eau (ou seulement deux gouttes au choix) !
Bon, je parle évidemment à ceux dont la préoccupation est réellement de construire un bon show ou un bon numéro. Pas à ceux qui en sont encore à se préoccuper uniquement de savoir si le saut de coupe n°28 est de Marlo ou bien de bidule ou de truc… Laissons-les s’amuser à sodomiser les diptères en attendant la mort et nous, tentons de faire avancer l’art magique vers de nouveaux horizons autrement plus captivants !
Il paraît évident à tout le monde maintenant qu’un bon film ne peut pas tenir la route sans un bon scénario : un film peut se doter des plus incroyables prouesses techniques (effets numériques jamais vus, 3 D etc.), si l’histoire est mal construite, ce sera une daube intergalactique. Eh bien, c’est exactement pareil pour un spectacle. Le scénario est essentiel pour construire un bon film, pardon un spectacle… et non la technique technicienne qui n’amuse que les contemplatifs-de-prouesses-insignifiantes. Hop, c’est dit !
Bon, revenons aux critères évoqués par notre ami Woody. Un bon film doit être « intéressant ». Une gageure quand il s’agit d’un spectacle de magie ! Pas évident de rendre vraiment intéressante une prestation à qui on demande a priori (pour la plupart des spectateurs à notre époque) d’être juste « impressionnante ». Il va sûrement falloir encore quelques siècles avant que le public lambda attende d’un spectacle de magie autre chose que juste de la magie au premier degré... Difficile d’éduquer le public qui est habitué pour le moment à se contenter de l’aspect uniquement futile du spectacle de magie ! Pourtant il le faut car sinon, c’est la fin de notre art mes amis ! Il faut donc s’appuyer sur cet aspect futile que le public attend d’un spectacle de magie, mais pour mieux le guider vers autre chose. Pour qu’il ait l’impression de s’y retrouver, nous devons le captiver avec des effets magiques, mais sans jamais oublier que la vraie magie n’est pas là ! De même que la « magie du cinéma » ne réside pas dans une succession plus ou moins variée de plans larges, plans serrés, traveling et j’en passe ! Pour le moment, l’art de la magie souffre encore d’être considéré comme un genre « en soi », qui se résume à son aspect technique ou esthétique. Mais il est temps de sortir de cette ornière, perpétuée par des siècles de conservatisme. Pour rendre « intéressant » notre spectacle de magie, il faut donc donner l’impression que nous parlons de ces choses que le public attend de toute façon (des thèmes comme les tricheries, les grandes illusions, la multiplication de la thune, la divination… brefs tous ces lieux communs qui sont dans notre inconscient collectif), tout en apportant cette dimension nouvelle (et inattendue pour la plupart) qui propulse notre métier vers ce qu’il est vraiment : un Art, particulièrement riche et profond.
Vient ensuite un autre mot : « neuf ». Attention « neuf » ne veut pas forcément indiquer quelque chose de totalement inédit de A à Z. N’oublions pas que la nouveauté se situe d’abord dans le regard de l’artiste. C’est ainsi que quelque chose d’ancien peut être qualifié de « neuf » par son aspect « remasterisé », grâce à l’utilisation par exemple de ce que j’appelle des « gimmicks verbaux ». Autrement dit, l’approche est déjà connue mais elle est traitée avec suffisamment de subtilité pour qu’elle donne cette sensation de « neuf ». Si vous regardez avec attention la plupart des films, vous notez qu’il s’agit plus ou moins tout le temps du même type d’histoires (amour, sexe, pouvoir, la vie, la mort…). Par contre, toute la différence entre un bon et un mauvais film vient du « pitch » et de la façon dont ces thèmes universels sont traités. En un mot : original, comme l’évoque Woody Allen. C’est là où tout se joue, là où vous êtes un artiste (ou non !), là où vous allez pouvoir faire vivre votre histoire de manière vraiment unique, pour parvenir à ce que je décrivais dans le paragraphe précédent. L’originalité, telle que je la perçois, c’est le ton de votre discours, c’est votre façon de bouger et mener la mise en scène du spectacle. C’est votre façon de partager votre univers avec les spectateurs.
Et enfin les mots : « crédible et émouvant ». Je trouve intéressant de réunir ces deux-là, car il semble qu’on oublie trop souvent que pour créer de l’émotion il faut emprunter des chemins crédibles. « Crédible » ne veut pas forcément dire « vrai » d’ailleurs. Mais, exactement comme dans un film, un bon « acteur de magie » ne va pouvoir émouvoir que si sa prestation sonne juste. Si, dans mon spectacle en hommage à Albert Goshman, mon discours crée de l’émotion, c’est que je suis crédible car le public peut SENTIR que ce que je dis est vrai, il peut palper MA propre émotion en évoquant son souvenir ! Je ressens ce que je dis. Je rends un hommage à Albert Goshman, parce qu’il est réellement mon dieu, ma passion, ma vie ! Le public peut se connecter à mon histoire car j’y suis moi-même pleinement connecté ! Rien n’est meilleur que de dire la vérité dans son histoire, même si on peut (voire on se doit de) romancer un peu pour rendre accessible ce qu’on raconte.
Voilà les quelques pistes du jour qui peuvent s’ajouter à toutes celles que je tente de donner, avec ma maladresse mais aussi toute ma sincérité.
Amitiés
Dominique Duvivier
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Et voici maintenant la 4ème émission de mon podcast !
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Dominique DUVIVIER
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Dans la rubrique « mes films culte », j’ai choisi de vous parler aujourd’hui de La Bonne Année de Claude Lelouch. C’est incontournable. Ce film est une vraie drogue pour moi. Je le vois au moins une fois par an depuis sa sortie en 1973 (tiens, la même année que la naissance de ma fille Alexandra).
Regardez déjà l’affiche du film avec ce regard coquin inimitable de Lino qui ne sait pas comment dissimuler sa timidité, sa passion pour Françoise dans le film… Un régal pour les yeux !
Sur Internet, on peut trouver le résumé suivant : « Un gangster (Lino Ventura) prépare, avec son complice (Charles Gérard), ce qu'il qualifie de « premier hold-up psychologique de l'histoire du banditisme ». Juste à côté de la bijouterie Van Cleef & Arpels, sur la Croisette, à Cannes, se trouve la boutique d'une belle antiquaire (Françoise Fabian) qui attire le regard du malfrat. ». Oui, c’est vrai, c’est ce qui s’appelle un résumé… Mais justement, c’est un peu frustrant, car le film va tellement plus loin ! Ce n’est peut-être pas comme ça que je l’aurais « résumé » justement. Pour moi ce film est avant tout l’histoire de la naissance d’un amour et c’est un film sur l’amitié et sur la parole donnée. C’est aussi un film qui rappelle que ce n’est pas la culture intellectuelle qui permet d’apprécier la vie, ou du moins pas forcément. C’est un film qui donne la joie de vivre, qui nous apprend l’humilité. C’est un film sur les regards, les silences… Saviez-vous que, pour Stanley Kubrick, ce film était si important à ses yeux, qu’il le projetait systématiquement à toute son équipe, avant CHAQUE nouveau tournage ? J’ai appris ça récemment et ça m’a fait tout drôle. Ce film, qui date donc de la naissance de ma chère fille Alexandra, n’a pas pris une ride (tout comme elle !). Hasard ou bien le « beau » ne bouge-t-il jamais ? La musique (de Francis Lai), tous ces plans magnifiques que Lelouch a imaginés, cette idée du noir et blanc pour le présent, la couleur pour le passé... C’est un chef-d’œuvre. Et puis, ce rôle de composition hallucinant de Lino Ventura en vieillard, avec son nouveau look, sa nouvelle voix ! Sans compter les répliques et les dialogues dignes du grand Audiard... C’est frais, c’est léger et profond à la fois. C’est drôle, c’est bon quoi ! Il y a Gérard Sire, une vedette de la radio de l’époque, qu’on voit en vrai. Et il y a plein de seconds (André Falcon dans le rôle du bijoutier, génial !) et troisièmes rôles qui sonnent tous tellement « justes » qu’ils nous aident à avancer dans la vie. Ils nous font du bien à l’âme.
Vous l’avez compris, ce film est devenu mon « film de chevet » et pourtant, à l’époque, il n’était pas de bon ton d’apprécier les films de Lelouch. Va savoir pourquoi, une certaine intelligentsia réprouvait l’idée… Alors, si je puis vous donner un conseil : méfiez-vous de ceux qui donnent leur avis sur tout, de manière générale ! Vivez avec tout ce qui vous fait envie. Vibrez comme vous l’entendez, c’est tout ce qui compte ! Sophie (ma douce) me disait, qu’étant petite, elle écoutait les disques de Claude François en cachette, car « ça ne le faisait pas » avec ses copines d’école. Comme quoi, si on écoutait les « donneurs de leçon », on serait encore à l’âge de pierre, n’est-ce-pas ? Pour moi, regarder « La bonne année », c’est aussi important que le fait de boire de l’eau et de manger pour survivre. Bon, au cas où certains n’auraient pas compris le message : procurez-vous ce film si ce n’est pas déjà fait ! Regardez-le plusieurs fois et vous ressentirez tout ce que je viens de décrire...
Allez, pour le plaisir, je vous fournis un petit extrait trouvé sur youtube, histoire d’entrevoir un des tons de ce film merveilleux. Le contexte de l’extrait en question est le suivant : Lino Ventura (Simon) vient de passer un peu de temps avec Françoise Fabian. Ils ont déjà envie l’un de l’autre, mais elle n’est pas libre de ses mouvements : le petit ami de Françoise, un intellectuel italien, vient passer les fêtes de fin d’année chez elle. Par hasard, ils se retrouvent tous à l’Eglise (nous sommes le 24 décembre). Lino et Charlot sont alors invités chez Françoise pour réveillonner. Sachez que l’autre jeune femme à l’écran, est l’employée de Françoise : http://www.youtube.com/watch?v=vjefaQmv9Yo
Lino s’en va donc de l’appartement, avec Charlot (Charles Gérard). Ils rentrent à l’hôtel et bientôt elle va l’appeler pour qu’il se retrouvent pour une nuit d’amour…
Et pour faire durer encore un peu le plaisir, voici deux photos que j’adore.
Sur celle-ci, Simon (Lino) est en train de conclure une affaire avec l’antiquaire qu’est Françoise. Elle se croit meilleure vendeuse d’œuvre d’art que lui, mais Lino lui donne une sacrée leçon. Si vous aviez du mal pour draguer quelqu’un prenez-en de la graine, Lino est un orfèvre en la matière !!! Quelle scène magnifique. Vous comprendrez ce que je veux dire !
Et là, c’est le Réveillon. Les deux amis (Lino et Charlot) s’échangent un cadeau et décident d’aller à la messe de minuit, plutôt que « d’aller aux putes » (dixit) pour cette nuit particulière !!! C’est là qu’ils vont rencontrer Françoise avec ses amis, ce qui va se terminer par le dîner que vous avez déjà vu !
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Un peu de patience... la note hebdomadaire arrive ! Amitiés. Dominique
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La scène se déroule dans les années 70, chez moi, du temps où nous habitions (Marie-Christine et Alexandra + le chien Napoléon) en face de l’hôpital Trousseau dans le 12ème à Paris. De 1972 à 1984, pour être précis ! Ma maman (gâteuse avec les chiens) lui fait des papouilles. On voit à l’arrière-plan le papier peint d’origine (lorsque nous avons emménagé) : un papier fort apprécié des Français à cette époque. Je crois que tout le monde qui a vécu dans ces années reconnaît « son » fameux papier peint à fleurs !
Nous étions très heureux avec notre chien. Il a vécu seize belles années. Il a été notre premier « enfant » en quelque sorte, avant notre fille Alexandra. Ma mère, qui aimait tout ce que j’aimais (ma mère quoi), était particulièrement amoureuse de notre toutou. On le voit bien sur la photo, n’est-ce pas ?
Ma petite mère encore et toujours. Son regard dévastateur qu’on retrouve par moment dans celui de ma fille… Troublant !
Votre serviteur qui, à cette époque, n’était pas encore possédé par la magie. Juste par des manèges ! Tous les manèges possibles…
Toujours moi, mais cette fois sur les genoux de ma grand-mère. Je passais mes vacances avec mes grands-parents, chaque année, en Normandie. Le bonheur de mes jeunes années !
La frime sur les planches de Deauville avec une des premières « minettes » que j’avais pu accrocher. Je commençais à me faire la voix !
Une de mes premières voitures… Je l’adorais. C’est encore à Deauville d’ailleurs ! Une DS 23 Pallas. C’est la classe, hein ?
…Et puis vint ma passion pour ces voitures-là. Dès 1976 ! Là c’est le modèle que j’ai eu dans les années 90.
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Voici sur quoi s’épanchera ce Magiphageuh de folaïïïïïïïïe pour le mois de mars 2012 (écrit en décembre 2010, eh oui, je m’avance grave comme d’hab !) :
Pour qu’une chose soit intéressante il suffit de la regarder longtemps
Gustave Flaubert (1821-1880)
C’est pas beau, ça ??? Relisez la phrase plusieurs fois…
Autant dire que le bonhomme était branché grave pour son époque, n’est-ce pas ?
J’aime voir que des auteurs aussi connus que Flaubert puissent nous amener aujourd’hui à nous reposer les bonnes questions bientôt deux siècles après lui, alors que l’on perd si facilement notre chemin avec nos contemporains…
Les clés ne sont souvent pas là où l’on croit qu’elles sont et j’adore ce concept !
En magie, on est naturellement attiré par le dernier magicien à la mode et conditionné par exemple à admirer aveuglément les classiques de Marlo, mais est-ce bien la meilleure façon de faire progresser notre art ? Est-ce bien la bonne façon de faire évoluer notre magie et qu’elle nous donne autant que nous en attendons ?
Imaginons un instant que Flaubert est magicien, là, juste pour nous chers magiphages que nous sommes… et laissons-nous inspirer par la liberté de son esprit, source de toute forme de créativité. Laissons-nous guider par émerveillement…
Quand on est en pleine « exploration magique », seul à sa table de travail, on se laisse troubler par des sentiments contraires : d’un côté l’envie de créer des choses nouvelles, d’être différent pour aller plus loin et plus haut, et de l’autre l’envie de séduire ses potes magicos, de plaire et de « taper plus fort » que les autres sur les terrains de jeux à la mode : c’est le goût de l’instant ! Tout le monde passe par là…
Alors, sans s’en rendre compte, on fait des choix : on préfère tel type d’effet, tel autre mouvement. On se met à croire que tel tour n’est pas pour soi et que, par contre, tel autre est plus facile, car il correspond mieux à sa personnalité.
Mais posez-vous la question : pourquoi avoir donné sa chance à tel tour plutôt qu’à tel autre ? Avez-vous pensé que votre méthode était peut-être erronée ? que vos critères n’étaient peut-être pas les bons ? Pourquoi donner la priorité à ce qui nous plaît, plutôt qu’à ce qui nous rebute ?
Ce que je vous propose aujourd’hui, c’est de penser à notre citation du jour et donner une chance à ce que vous croyez qui n’en avait pas. Je pense que vous serez surpris des résultats !
Essayez dès à présent de vous attacher à un geste, ou à une idée, ou à un tour et de commencer à le laisser vivre dans votre tête, dans votre cœur, dans votre vie. Très vite, je crois que vous goûterez la clairvoyance de Flaubert… Vous comprendrez que notre penchant naturel pour les choses faciles et/ou « à la mode » n’était pas notre meilleur conseil… On perd plus qu’on ne gagne à ce petit jeu malheureusement habituel pour chacun d’entre nous !
C’est comme au restaurant : on est friand de nouveautés, on cherche le nouveau plat qu’on va adorer jusqu’à la fin de nos jours… mais on finit toujours par prendre le même genre de saveurs de peur d’être déçu ! Eh bien, en magie c’est souvent un peu pareil : on se comporte comme des niais… Alors tentez une autre façon de procéder. Essayez de regarder avec un autre œil ce qui ne vous intéressait pas. Mettez de côté vos a priori ! Prenez le temps d’apprécier différents magiciens, différents styles et vous verrez qu’il est probable que vous changerez d’avis sur cette approche qui ne vous séduisait pas au début ! Vous découvrirez, tôt au tard, qu’en explorant des principes qui ne vous faisaient pas kiffer de prime abord, vous gagnerez toujours en nouveaux horizons. La démarche est singulière mais réelle. Elle m’a enrichi personnellement, alors il n’y a pas de raison que cela ne soit pas le cas pour vous !
Allez, on se la refait une dernière fois ?
Pour qu’une chose soit intéressante il suffit de la regarder longtemps
Amitiés à tous
Dominique Duvivier
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Chers amis,
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Nicolas Adell : " Dans le premier volet de "si c'était vrai" votre réponse sur "la flamme du magicien" qui doit être capable de prendre du recul sur l'effet qu'il a ressenti lorsqu'il a vu pour la première fois, est vraiment très intéressante. Vaut-il mieux privilégier les tours qui nous ont impressionnés? ou faut-il plutôt les sélectionner en fonction des réactions que pourront avoir le public? Car même si un tour est fort, chaque personne ne réagit pas de la même façon face à une routine. Vous est-il déjà arrivé de faire un tour que vous trouviez vraiment génial alors que le public n'a pas réagi de la même façon que vous? et inversement?"
Déjà, pour ceux qui veulent rattraper le fil de la discussion, voici l’émission dont Nicolas parle : http://dominiqueduvivier.typepad.com/dominique_duvivier/2012/01/podcast-et-si-c%C3%A9tait-vrai-%C3%A9mission-n1.html
Ta question est intéressante en ce sens qu'elle démontre que je n'ai pas dû être assez clair dans mon propos. Lorsque je décris mon premier réel étonnement de gosse avec cet as de trèfle qui a perdu son fameux tampon de l'état, je veux signifier que mon être tout entier a été bouleversé par cet effet, mon corps a presque vacillé, comme si je perdais quelque chose… Un peu comme le Kid de Cincinnati (Steve Mc Queen) qui découvre la quinte flush de Lansey Howard (Edward.G Robinson) vers la fin du film ! http://dominiqueduvivier.typepad.com/dominique_duvivier/2010/08/le-kid-de-cincinnati.html Dans cet instant hors du temps, tu sembles perdre ton entendement, ta vie semble te lâcher… et commencer enfin vraiment ! C’est un instant magique et surtout un sentiment UNIVERSEL. Tout être vivant peut le ressentir si tu lui en montres le chemin… Donc, quelque part, peu importe l'effet magique que tu comptes partager avec ton public, car la vraie magie est d’abord en TOI. Tu peux montrer un tour le plus incroyable du monde, si tu n’as pas cette flamme et ce sentiment d’émerveillement à transmettre, cela ne donnera rien, ou du moins pas du tout l’effet escompté. A méditer n’est-ce pas ?
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Nicolas Adell : " Lorsque vous faites choisir une carte librement à un spectateur, vous est-il déjà arrivé de perdre le contrôle de celle-ci au cours d'un spectacle? comment réagissez-vous face à cela ? Si non, que prévoyez-vous dans ces cas là ?"
Pour répondre point par point à ta question, non je n'ai jamais perdu le contrôle d'une carte choisie librement lors d'un de mes spectacles. Heureusement, non ? Du coup, avec cette première question, tu me fais passer pour un mec incroyable dans le mauvais sens du terme : sûr de lui, qui se la pète et je ne t’en remercie pas ! (LOL). Cela dit, je considère que c'est un minimum de ne pas perdre le contrôle d'une carte choisie lorsqu'on est professionnel depuis des lustres comme moi… L'erreur, même si elle est humaine, a des limites. Par contre, dans mes jeunes années, avant de devenir l’être à la fois tant aimé par certains et détesté par d’autres (oui certaines personnes semblent ne pas avoir mieux à faire pour occuper leur temps que de me chercher des poux dans la tête), je me compliquais tellement la vie avec des techniques complexes (et souvent inutiles) que je me retrouvais parfois à la limite de la situation que tu évoques. Donc je comprends très bien ton problème qui peut arriver facilement ! Pour l’éviter, il faut bien sûr travailler comme un fou pour être parfaitement à l’aise et parfaitement entraîné. Mais il faut aussi réfléchir à la raison pour laquelle tu peux te retrouver dans cette situation plus que délicate... Quand on bosse dans son coin comme un âne (quoi que peu d’ânes s’entraînent à la cartomagie, mais dans le propos qui nous tient en haleine, c’est possible !), on a tendance à négliger un paramètre essentiel : le trac et le stress qui envahissent nos mains dès lors que l’on se retrouve devant un vrai public. Face à lui, l’adrénaline vient s’abattre sur notre corps, comme la misère sur le monde ! Et pour combattre ce phénomène incontournable, une seule solution (outre un travail acharné en amont) : ne montrer QUE des choses que l’on peut maîtriser parfaitement. Donc, toutes les techniques alambiquées façon « « Marlo » par exemple sont à prohiber, selon moi… Pour épater quelques potes magicos, pourquoi pas… mais cela ne fonctionne pas top en conditions réelles ! Il ne faut jamais oublier que le public, par définition, n’est PAS indulgent à votre égard (je parle du vrai public bien sûr, pas de votre sœur, de votre mère ou de votre voisine qui vous fait de l’oeil). Le vrai public vous teste sans cesse et ne veut pas votre bien a priori ! Il veut vous déstabiliser et c’est normal ! Une prestation en public, c’est comme un combat dont il ne faut qu’un seul vainqueur : VOUS ! En fait, pour bien répondre à ta question, on pourrait écrire un livre entier, ce qui n’est pas le but ici... Alors pour résumer : il ne faut présenter en public QUE des choses que vous connaissez au point de pouvoir les effectuer sans y réfléchir du tout !!! Le secret, c’est de connaître sa partition au-delà de toute déstabilisation possible.
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Antoine : "J'ai 25 ans et je me pose actuellement une question : je suis magicien amateur depuis 2 ans et demi et j'essaye coûte que coûte d'en faire mon métier. Etant un fan absolu de toute votre magie, de la façon dont vous la pratiquez et possédant un très grand nombres de vos vidéos je travaille beaucoup à partir de vos mimiques et de vos expressions scéniques si je puis dire.. (...) Mais plus le temps passe et plus j'ai l'impression de n'être qu'une pâle copie de vous(...). En fait ma vision de la magie est tellement identique à la votre que je me bloque et je n'arrive pas à créer mon propre environnement, mon propre univers et mes propres tours.. Je me dit sans cesse que mes tours ne seront jamais à la hauteur de ce que j'attends.. Vous êtes vous déjà posé cette question quand vous étiez plus jeune par rapport à un autre magicien connu de l'époque et qu'avez vous fait pour sortir de ça..?"
Il est en effet essentiel que tu mettes à ta « patte » tout ce que tu présentes. Relis par exemple ce que j’ai écrit ici sur la façon dont j’ai travaillé « Les salières de Goshman » : http://dominiqueduvivier.typepad.com/dominique_duvivier/2011/02/les-sali%C3%A8res-de-goshman.html . Cela devrait t’aider en partie. Ne sois pas effrayé par le fait que ton parcours commence par de la copie. Plus tu travailleras et plus tu présenteras tes routines en public, plus cette tendance s’atténuera, car plus tu vas jouer, plus tu vas prendre possession du personnage que tu incarnes. Je suis passé par là et je peux t’assurer que ce n’est pas un souci ! Il suffit de persévérer dans ton travail et de savoir patienter. Au bout d’un moment, tu verras l’évolution ! Et pour finir de te rassurer, sache que, dès l’instant que tu te poses ces questions, celles-ci sont déjà en train de se résoudre en toi. Ton inquiétude est signe que tu es justement sur le bon chemin. Continue comme cela et je parie que dans un an ou deux, tu seras toi-même. Bon courage, man !
Rédigé à 00H01 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
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Une fois n’est pas coutume, je vais passer la parole à ma fille Alexandra qui a un petit message plutôt intéressant à vous transmettre !
Signé : le grand-père tout fier
Toute la famille Duvivier est fière et heureuse de vous présenter son nouveau tour de magie !
Alexandra et Cédric se sont donnés beaucoup de mal, mais enfin le résultat est là après un peu d’attente !!!
Antoine est passé au rang de grand frère… Bref, la vie est belle.
A bientôt
Mathilda and Co !
Mme Alexandra DUVIVIER
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Bertrand GILLE « J'espère juste que cela ne se fera pas au détriment de ces notes et réflexions écrites. (…) J'ai toujours la (petite) crainte que, pour aller vers le progrès, on passe à des médias moins "pérennes". Ce qui serait "top" serait que la retranscription écrite du contenu de ce podcast existe en parallèle sur ce blog. »
Je n’aime pas faire une chose qui nuit à une autre, en général ! Et là en particulier, il n’est absolument pas prévu que mon podcast remplace mes publications écrites hebdomadaires. Avec ce podcast, tu devrais simplement découvrir de nouvelles manières d’exprimer les choses, sans pour autant perdre le fil de ce que j’essaie d’exprimer de plusieurs manières différentes sur ce blog depuis sa création. Tu me diras au fur et à mesure, mais je reste confiant sur ce sujet !
Amitiés
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Quentin BELTZUNG : « Pour un spectacle de close-up faire des cartes, des balles éponges, foulard, laiton, "mentalisme", est ce suffisant où il faut rajouter d'autres choses ? »
La variété des objets utilisés importe peu, ou disons moins que la variété des familles d’effets utilisées. C’est vraiment la diversité des familles d’effets représentées qui sera le secret de l’équilibre de ton spectacle. Pour t’aider dans ce sens, tu peux te reporter à ces publications :
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Clarisse au sujet de la durée d’un jeu de cartes http://dominiqueduvivier.typepad.com/dominique_duvivier/2011/12/la-dur%C3%A9e-dun-jeu-de-cartes.html : « Et concernant les Nuggets de Jerry ? »
Pour commencer, il faut noter que la durée d’un jeu Jerry’s Nugget est souvent très longue, car le possesseur ne l’utilise pas ou très peu : il me montre surtout !! Lol. Pour ma part, qui n’utilise que ces cartes, si le jeu est tripoté par les spectateurs toute une soirée, sa durée s’amoindrit un peu prématurément, il est vrai ! Mais avec mon jeu « régulier », celui qui me sert pour m’entraîner et pour créer de nouveaux tours ou effets, sa durée est très élevée : plusieurs mois souvent. Un de mes petits secrets est de me servir de plusieurs jeux en même temps, pour éviter d’en fatiguer un seul complètement. Par exemple, lors d’une séance d’entraînement, je travaille avec trois ou quatre jeux différents et… hop, j’augmente leur durée de vie considérablement !
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Quentin BELTZUNG : « Avant de monter sur scène ou d'arriver à une table j'ai toujours un peu le trac : mes gestes sont tremblants. J'ai 17 ans. Y-a-t'il une sorte de remède pour avoir plus confiance en soi ? »
Je te dirais bien d’attendre une bonne dizaine d’années de plus, en t’entraînant jusqu’à l’épuisement (c’est une image !), car il n’y a rien de tel pour le vaincre, ce sacré trac ! Mais je passerais pour un vieux rabougri doublé d’un rabat-joie qui méprise les « d’jeunes » qui tentent leur chance, alors je vais te dire ceci qui est tout aussi valable : en public, ne fais que les tours dont tu es le plus certain. Je m’explique un peu mieux : tu dois avoir quelques tours dans ton répertoire que tu peux faire sans réfléchir, n’est-ce pas ? Des tours qui viennent tellement tout seuls, que tu te demandes parfois si c’est bien toi qui es aux commandes, non ? Comme une force invisible qui s’est emparée de toi pour réaliser un petit miracle à ta place et avec tes mains ?! Si tu me suis dans ce que je dis, choisis un des ces tours et tu verras que ton trac va disparaître. Et si tu n’as pas encore de tour que tu maîtrises suffisamment, continue ton entraînement, jeune Padawan ! Bon courage à toi.
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